Depuis la crise sanitaire, en France, le débat sur l’industrie navigue souvent entre ambitions déçues, stéréotypes et formules magiques. Il en est ainsi des expressions de « souveraineté industrielle », de « filières et d’autonomie stratégiques » ou d’« industrie verte ». Des mots qui inspirent de grandes stratégies de reconquête (« France 2030 », « Loi sur l’industrie verte », « Boussole pour la compétitivité ») et structurent les débats entre politiques, journalises et experts sans qu’il soit pour autant jugé nécessaire d’en définir plus précisément le contenu.

Ces mots servent à tout. A rendre compte du déclin de l’industrie comme à décrire le chemin de sa renaissance. Ils dessinent un consensus, celui d’une « transition » vers une « industrie verte », difficile mais inévitable, des industries française et européenne.

Mais de fait, le consensus de la « transition industrielle verte » sert, tant à la Commission européenne qu’aux Etats membres, de substitut à l’élaboration d’une stratégie industrielle forte et ambitieuse. Cette ambition industrielle assumée serait pourtant la seule manière de permettre à l’Union européenne de se mettre en ordre de bataille pour affronter la concurrence internationale (Chine, Etats-Unis) et adapter l’appareil industriel européen à un environnement qui évolue vers un réchauffement de 3 à 4° C à la fin du siècle.

Ce premier « décryptage » issu du Groupe de travail « Autonomie stratégique, souveraineté industrielle et industrie verte » de la Fabrique Ecologique, poursuit deux objectifs.

Il interroge d’abord les termes du débat pour mettre en évidence les impasses vers lesquelles certaines expression – « souveraineté industrielle », « industrie verte », « transition verte » – pourraient conduire l’action européenne en matière industrielle et environnementale, si elles ne sont pas discutées au fond.

Il propose ensuite de déconstruire les idées reçues qui forgent les discours « officiels » sur l’industrie, française et européenne, et sur la « transition industrielle verte ». De tels discours se déploient en effet sur des impensés (climato-attentisme, technosolutionnisme, dérégulationnisme). Le changement de trajectoire nécessaire implique d’affronter ces impensés. Invoquer le pragmatisme ne suffira pas. Aujourd’hui les deux principales menaces pour l’avenir de l’industrie, en France et en Europe, sont le déni – la gravité de la crise climatique et environnementale, et l’illusion -– la possibilité d’une transition industrielle sans à-coups et en douceur, en lieu et place d’une bifurcation volontariste et immédiate.